Enseignement du Vedanta
Pourquoi la Connaissance de Soi ?
- Dans la voie spirituelle, l'objectif principal est la Connaissance de SOI. Pourquoi? Parce que toutes les expériences faites par le corps et le mental concernent la Conscience.
- Nous avons l'impression d'avoir déjà la connaissance de Soi. Nous agissons dans la vie conformément à cette connaissance qui est pour nous une quasi-certitude. Une fausse connaissance de Soi n'existe pas sans entraîner des conséquences. Ce sont les pathologies mentales, de trois sortes, brièvement énoncées ci-après: (1) Le Sentiment de frustration. (2) Le Sentiment de privation. (3) Le Sentiment de culpabilité.
- Le doute relatif à notre connaissance de Soi constitue le début de l'investigation sur la nature réelle de la Conscience. Pourquoi douter de la certitude apparente de notre connaissance de Soi?
- Entre ce à quoi nous aspirons et ce que nous trouvons il y a de l'incohérence.
- On ne se contente pas d'une joie de vivre fragile, notre comportement le prouve.
- Que signifie la Connaissance de Soi ? Le SOI lui-même peut-il être l'objet de sa propre connaissance ?
- La Connaissance de SOI est indépendante des professions de foi religieuses.
- La source de la Connaissance de SOI est la Sruti. La révélation de la Sruti n'est pas le fruit d'une spéculation intellectuelle. Cette dernière s'appuie sur les phénomènes. Or, il s'agit de connaître la cause suprême des phénomènes intérieurs et extérieurs.
- C'est dans le silence mental que se révèle la nature réelle du SOI. La Connaissance de SOI ne consiste pas à connaître son ego, mais à détruire les faux aspects de SOI en arrêtant les fluctuations mentales utilisées pour des spéculations intellectuelles.
- Les spéculations ont pour base l'inférence, c'est-à-dire la concomitance invariable.
- L'inférence n'est pas applicable dans le domaine de la Connaissance de SOI, lorsque la connaissance de la concomitance est absente.
Pédagogie du Nyaya
La pédagogie du Nyaya est appliquée
pour explorer tous les enseignements métaphysiques de l'Inde. En voici
les principaux points :
1) Uddesa : Affirmer l'existence d'une réalité
2) Laksana : Définir la réalité affirmée
3) Sandeha : Le doute
4) Vicara : L'investigation.
L'enseignement du Nyaya représente la protection des débutants contre les fausses idées introduites par des adversaires rusés.
Affirmation
L'affirmation doit être faite en un langage clair, sans ambiguïté et à l'opposé du charabia.
Définition
La définition ne doit pas être entachée par les défauts cités ci-après :
1) Extension insuffisante
2) Surextension
3) Impossibilité.
Le doute peut survenir chez les personnes non avisées, ayant entendu plusieurs opinions contradictoires.
L'investigation doit être faite dans un souci de cohérence, et aussi avec l'expérience personnelle.
Transformations (Parrinama)
Lorsqu'une chose apparaît sous un autre aspect, ayant changé de caractéristiques, il s'agit alors d'une transformation. Exemple: le lait s'est transformé en yaourt.
Illusion (Adyasa, superposition)
Lorsqu'une chose apparaît sous un autre aspect, sans avoir changé de caractéristiques, c'est le cas de l'Illusion. Exemple: la corde apparaît en tant que serpent.
Comment peut-on affirmer l'existence de quelque chose et l'absence de quelque chose ?
Réponse : Par les instruments de connaissance (les cinq sens + le mental) nous pouvons affirmer l'existence de quelque chose et par les mêmes instruments nous pouvons affirmer aussi l'inexistence de la même chose. Ex : L'existence d'un son sera constatée par l'ouïe et son absence sera constatée également par le même instrument, l'ouïe. Cette précision est nécessaire pour éviter des polémiques stériles dans l'étude de la métaphysique.
Perception de la non-existence (Abhava Pratyaksa)
La non-existence de quelque chose est perceptible au même titre que son existence, puisqu'un individu peut constater les deux. La perception de la non-existence peut être réalisable seulement dans les conditions mentionnées ci-après :
1. La perception d'un lieu où la non-existence sera constatée. Par exemple, pour percevoir la non-existence d'une rose, il faut préalablement percevoir un lieu où la fleur est censée être perçue.
2. La connaissance préalable de ce qu'est une rose, autrement l'individu se bornera à percevoir un lieu, une table, par exemple, et de ce fait, il ne pourra pas dire: " Il n'y a pas de rose sur cette table. "
3. La condition requise pour percevoir la rose. Ni l'existence, ni la non-existence d'une rose ne peuvent être perçues dans l'obscurité.
4. Le souvenir d'une rose.
Définition de la connaissance juste (Pramâ)
Premièrement, la connaissance juste est celle qui est acquise pour
la première fois (Anadhigata) d'une réalité telle qu'elle
est. Lorsqu'une personne perçoit une deuxième fois la même
réalité, sa perception est associée à la mémoire
de cette réalité. Cette connaissance est appelée Pratyabhijna
(ce sujet sera développé ultérieurement).
Deuxièmement, la perception ne peut être annulée (Abadhita) par une connaissance ultérieure de la même réalité. Le percevant ne peut dire : " l'objet que j'ai perçu n'existe pas ou n'existe pas en tant que tel. " Chaque objet de connaissance se présente sous deux formes : " en tant que 'ceci' " et en tant qu'une caractéristique donnée, par exemple, " ceci est une rose ". L'individu perçoit chaque objet à deux niveaux. Premièrement, en tant que 'ceci' et deuxièmement en tant que 'rose', par exemple ; troisièmement, la perception doit être détachée des doutes.
Annulation d'une Connaissance
L'annulation d'une connaissance consiste à cesser de percevoir l'objet
avec sa caractéristique incertaine et à le percevoir avec sa
caractéristique propre. Cette situation représente le cas d'illusion
ou d'erreur. Par exemple, lorsqu'un individu croit avoir perçu un serpent
dans la pénombre et constate, à la suite d'une perception ultérieure,
que l'objet perçu précédemment n'est pas un serpent,
mais une corde, il annule sa connaissance précédente (celle
d'un serpent). Cette annulation concerne trois temps (passé, présent,
futur) et non seulement le présent.
L'individu ne peut pas dire que cet objet (la corde) n'est plus un serpent,
mais il dira plutôt que cet objet n'a jamais été un serpent
et ne le sera pas dans le futur. L'acquisition de notre vraie connaissance
de Soi, à la suite de l'annulation de notre fausse connaissance de
Soi, par la discipline spirituelle requise, entre dans cette catégorie
de destruction de l'illusion.
Qu'il s'agisse d'une connaissance juste ou fausse, c'est l'ego, la notion de 'Je' qui est concernée. Certaines fausses connaissances portent préjudice à la santé, certaines autres au moral et la fausse connaissance de Soi crée la pathologie mentale.
Définition de la mémoire (Smrti)
La mémoire est la reproduction d'une connaissance précédente, et se manifeste exclusivement à partir des empreintes de cette dernière. Les empreintes se produisent aussi bien à la suite d'une connaissance juste que d'une connaissance fausse. La mémoire produit aussi des empreintes. Ainsi, l'individu se souvient qu'il s'est souvenu de quelque chose. Une bonne mémoire est un facteur d'efficacité mentale.
Perception associée à la mémoire (Pratyabhijna)
Lorsqu'un individu perçoit une nouvelle fois une personne ou un objet, sa nouvelle perception n'est pas une perception simple, mais elle est associée à la mémoire de sa perception précédente, appelée Pratyabhijna dans la métaphysique indienne. Le lieu et le temps peuvent être différents de ceux de sa perception précédente, mais l'objet de ces deux perceptions est reconnu comme étant le même. Ces détails sont importants en ce sens qu'ils nous permettent de distinguer l'illusion des autres formes de connaissance. Les gens non avisés peuvent confondre l'illusion avec la Smrti et la Pratyabhijna. Cette dernière est la preuve de l'existence d'une conscience immuable parmi les fluctuations mentales non permanentes.
Il faut noter que non seulement les objets de connaissance sont mémorisés, mais les moyens de leur connaissance le sont aussi, lors d'une perception. Lorsqu'un individu connaît un arbre, il sait aussi par quel moyen de connaissance il le connaît, c'est-à-dire par la perception sensorielle. Lorsqu'il se souvient de quelque chose, il sait aussi qu'il ne la perçoit pas directement. De même pour la Pratyabhijna. Ces détails sont également importants pour distinguer l'illusion des autres formes de connaissance, car une perception illusoire n'apparaît pas comme une illusion lors de la perception. C'est seulement lors de la connaissance du substratum de l'objet que le caractère illusoire de la perception est découvert.
Définition de l'entité matérielle (Jada)
La définition de l'entité matérielle, selon la métaphysique
indienne, englobe tout ce que nous considérons habituellement comme
une entité matérielle, tels que le monde sensible, notre corps
grossier etc., mais aussi une certaine réalité que nous ne sommes
pas habitués à mettre dans la catégorie des choses matérielles,
c'est-à-dire l'ego de l'individu. Deux critères sont cités
ci-après pour définir une chose matérielle :
1. Une entité matérielle est perceptible (Drstatva).
2. Une entité matérielle est assujettie aux changements (Parinamitva).
Selon ces deux définitions, non seulement les phénomènes
extérieurs, mais aussi le 'Moi' de l'individu (la notion de Je, la
pseudo conscience) sont une entité matérielle. On remarque qu'une
partie de la personnalité de l'être humain est perceptible et
une autre partie représente le révélateur (la conscience).
Un être humain perçoit sa douleur associée à son
Soi. Un être humain perçoit non seulement ses propres états,
mais aussi les changements qui surviennent dans ces derniers.
On peut en conclure que le connaisseur qui révèle les états
et leurs changements chez une personne ne peut pas être une entité
matérielle, sinon il y aurait une régression à l'infini.
Il s'ensuit que ce révélateur est la Conscience Pure, le vrai
Soi de l'individu. Nos souffrances proviennent de la confusion entre le vrai
Soi et l'ego, une entité matérielle.
Lien entre le Yoga, le Samkhya et le Vedanta
Les enseignements des trois écoles de métaphysique citées
ci-dessus sont principalement étudiés et adoptés par
des personnes désireuses de suivre la voie spirituelle en vue d'acquérir
la connaissance de Soi. Le mot Yoga évoque en premier lieu l'ouvrage
du sage Patanjali intitulé " Yoga Sutra". Dans cet ouvrage,
la signification du terme 'Yoga' est clairement établie dans les premier
et deuxième Sutra du premier chapitre. Il s'agit tout d'abord de l'état
parfait du Citta (le milieu mental), appelé Samadhi, et en deuxième
lieu de la connaissance de Soi, acquise par le Yoga (par la concentration
mentale). En relation avec ces deux buts principaux, tous les enseignements
indispensables sont donnés dans cet ouvrage.
En Occident, le mot Yoga a une connotation différente. Ce terme évoque
principalement les postures yogiques (Asana) et certains exercices de respiration
etc. qui suscitent l'intérêt principal d'un grand nombre d'Occidentaux.
Dans l'ouvrage Yoga Sutra, les réalités principielles (Tattva)
, les disciplines morales et les exercices pratiques dont un chercheur spirituel
a besoin sont amplement enseignés. Un individu ne peut entreprendre
une recherche spirituelle sans connaître de quoi l'homme est fait. C'est
la raison pour laquelle on trouve dans l'ouvrage Yoga Sutra des enseignements
relatifs à la pratique de la concentration mentale, en même temps
qu'aux réalités principielles qui forment l'être humain.
Les idées relatives aux réalités principielles exposées
dans l'ouvrage Yoga Sutra (Linga matra, ahiga etc...), sont empruntées
à la doctrine du Samkhya (Samkhya Karika). A quelques détails
près, elles sont parfois exprimées avec des mots différents
de ceux du Samkhya. Ces deux doctrines se bornent à souligner principalement
la nature essentielle de la Conscience Pure, la Plénitude, tout en
se référant à son caractère individualisé
apparent. Les auteurs de ces deux ouvrages ont probablement été
persuadés que l'homme a essentiellement besoin de connaître la
nature réelle du Soi de l'individu pour entreprendre la destruction
de son Ignorance.
Dans le Yoga Sutra l'idée de la posture yogique est clairement définie
dans la rubrique Asana. La façon avec laquelle la pratique des Asana
contribue au silence mental et à la découverte de la réalité
de Soi est bien soulignée. Mais les enseignements concrets relatifs
aux Asana proviennent des autres ouvrages, complémentaires au Yoga
Sutra, tels que le Hathayoga Pradipika, le Gheranda Samhita dans lesquels
les postures yogiques sont bien définies ainsi que les exercices de
respiration (Pranayama).
Quant au Vedanta, il enseigne une dimension cosmique de la conscience de
l'individu. Son aspect individualisé provient de la limitation illusoire
réalisée par la Maya. En dehors de la Libération par
la destruction de l'Ignorance, le Vedanta enseigne l'unité entre tous
les êtres vivants. La Libération n'est pas envisageable aussi
longtemps que l'individualité restera l'identité fondamentale
de l'homme. Selon le Vedanta, tous les êtres vivants, toutes espèces
confondues, sont les aspects divers d'une seule entité, la Conscience
Pure, appelée Brahman dans le Vedanta, dont la nature est la Plénitude.
Les termes utilisés dans le Vedanta sont adaptés à la
perspective d'une recherche spirituelle. Le terme Maya provient du radical
'Ma' qui signifie mesurer.
La Maya est le synonyme du voile de l'Ignorance qui mesure la Conscience
Pure, lui donne une dimension individuelle sous forme d'ego. Le terme Maya
signifie aussi l'Illusion, en ce sens que l'existence de la Conscience Pure
est constatée sous forme d'ego, lequel est oeuvre illusoire de la Maya.
Le terme Brahman signifie celui qui recouvre tous les phénomènes,
extérieurs et intérieurs, qui est le substratum universel de
ces derniers. L'existence d'aucun phénomène ne peut être
constatée en dehors de celle de Brahman (Conscience). Dans le silence
mental du yogi, il est reconnu en tant que son propre Soi et en tant qu'Existence,
Conscience et Félicité.
Le terme Adhyasa signifie superposition. Les oeuvres de la Maya, principalement
la notion de Moi, sont superposées à son substratum, Brahman.
Ainsi, l'individu, par l'illusion d'optique de sa Conscience, se considère
comme un ego, circonscrit par son mental et son corps, assujetti à
la joie et à la souffrance, tout en étant réellement
la Conscience Pure.
Les moyens de Connaissance juste (Pramana)
Brièvement il y a trois moyens de connaissance juste cités
ci-après :
1. La perception sensorielle (Pratyaksa)
2. L'inférence (Anumana - la concomitance invariable)
3. L'Écriture sainte (Agama) ou la parole d'un sage (Apta).
Les affirmations de l'Écriture, telles que "l'homme est essentiellement
la
Conscience Pure, immuable "..., ont deux ennemis :
1. La conviction que "cela est impossible " (Asambhavana)
2. La connaissance erronée, que l'homme est une entité matérielle (Viparita Bhavana).
Les affirmations des Écritures concernant la réalité
de l'être humain, bien que justes, ne sont pas acceptées d'emblée
par des gens non avisés, car selon leur connaissance erronée,
bien qu'elle paraisse juste à leurs yeux, l'homme ne peut pas être
la Conscience Pure. C'est l'évidence même pour eux du fait qu'ils
vivent selon leur identité, basée sur la sensation psychosomatique.
La deuxième ennemie de la révélation de l'Écriture
est la connaissance erronée, voire l'Illusion, des gens non avisés
concernant la réalité de Soi de l'individu. Une perception illusoire
apparaît comme une perception vraie. Le percevant ne doute pas de la
validité de sa perception. Le percevant d'un serpent illusoire ne doute
pas de la réalité de son objet de perception, avant de découvrir
son substratum, la corde, l'objet vrai.
C'est la raison pour laquelle, pour être intégrale, la connaissance
de l'Écriture doit être suivie d'efforts complémentaires
en vue d'éliminer les obstacles précités. Ces efforts
sont d'une part la réflexion juste, appelée Manana dans le Vedanta
et, d'autre part, l'expérience directe de la réalité
de Soi dans le silence mental, appelée Nididhyasana dans le Vedanta.
Lorsque les trois Pramana sont applicables dans un cas de connaissance, c'est la perception directe qui est prépondérante. On peut percevoir directement un feu en montant sur la colline derrière laquelle il est caché. On peut aussi inférer le même feu, en percevant seulement son indice, la fumée. On peut connaître l'existence du même feu, également par la parole d'un messager. Malgré la possibilité d'appliquer les trois Pramana, lorsque le feu est perçu directement, la perception est devenue prépondérante, car les deux autres Pramana se sont avérés superflus. Il en est de même en ce qui concerne la connaissance de Soi.
Les domaines des trois Pramana
Nous remarquons que dans certains cas l'Écriture, exclusivement, est
le moyen de connaissance. Par exemple, nous connaissons l'existence du Paradis
uniquement par l'Écriture, car, il n'est pas perceptible. Il n'y a
aucun indice non plus qui puisse nous faire connaître par inférence
l'existence du Paradis.
Dans certains cas l'inférence est le seul moyen de connaissance. Par
exemple, de l'intérieur d'une maison nous connaissons l'existence d'un
nuage, uniquement par l'inférence, en entendant le bruit du tonnerre
qui est son indice.
Dans certains cas, la perception directe est le moyen exclusif de connaissance.
Par exemple, nous connaissons nos mains directement, par la perception, les
autres moyens de perception sont superflus. Lorsque les trois moyens de connaissance
sont applicables sur un seul objet de connaissance, il y en a un qui est prépondérant,
celui qui répond à toutes les questions concernant la réalité
à connaître.
Lorsque le feu, caché derrière la colline, est connu directement,
par la perception, il ne reste aucune question à poser par le percevant,
car il voit le feu sous ses yeux. De même, la Réalité
Suprême de l'individu (la Conscience Pure) peut être connue par
trois moyens de connaissance: l'Écriture (le Vedanta), l'inférence
et l'expérience personnelle dans le silence mental.
C'est l'expérience personnelle, la connaissance directe de l'individu
qui est prépondérante. Elle répond à toutes les
questions et élimine toutes les idées floues et erronées
concernant la Réalité Suprême de l'être humain.
C'est la raison pour laquelle l'enseignement du Vedanta se situe à
trois niveaux :
1. Sravana : Écouter ou lire les textes du Vedanta pour prendre conscience
de l'existence de Brahman.
2. Manana : La réflexion juste pour éliminer les idées
fausses concernant la Réalité Suprême.
3. Nididhyasana : La connaissance directe de la Réalité Suprême grâce à l'expérience personnelle vécue pendant la concentration mentale yogique.
La notion de causalité
Définition des trois causes selon le Vedanta.
On peut appeler cause : une entité indispensable à un effet et qui précède cet effet. Trois sortes de causes sont reconnues dans le Vedanta :
1) La cause substantielle (Parinami Karana).
2) La cause efficiente (Nimitta Karana).
3) La cause substratum (Vivarta Karana).
Définition de la cause substantielle : (Parinami Karana)
La cause substantielle est celle qui se transforme réellement en un
effet et apparaît sous un aspect différent de son aspect originel.
Exemple : le lait se transforme en yaourt. Une motte d'argile se transforme
en cruche. Le Voile de l'Ignorance se transforme en ego. Ainsi, une cause
substantielle peut être successivement transformée en plusieurs
effets.
En ce qui concerne la cause substantielle primordiale, l'origine matérielle de l'univers, elle est éternelle, tout en subissant plusieurs transformations ou des transformations successives (Parinami Nitya). Elle est appelée la Maya ou l'Avidya dans le Vedanta et la Prakrti dans le Samkhya (voir l'ouvrage Samkhya Karika.). Elle n'a pas d'existence indépendante. Elle existe grâce à l'existence de son substratum (Asrya), la Conscience Pure, Brahman.
Définition de la cause efficiente (Nimitta Karana)
La cause efficiente est celle (un être conscient ou autre chose) qui
intervient dans une cause substantielle pour que cette dernière se
transforme en un effet. Exemple: le potier pour une cruche.
En ce qui concerne l'univers, l'Isvara Caïtanya (la Conscience Pure reflétée
dans la Maya) est considéré comme la cause efficiente, mais
il n'est pas la cause suprême de l'univers. La cause suprême est
le substratum, le Brahman (Conscience pure).
Définition de la cause substratum (Vivarta Karana)
La cause substratum est celle qui apparaît comme un effet sans être
transformée en un effet, ni être affecté par l'attribut
d'un effet. Prenons l'exemple de la corde qui est la cause substratum du serpent
illusoire. La corde n'est pas transformée en serpent illusoire, ni
affectée par les caractéristiques propres à un serpent.
De la même manière, la cause substratum de l'univers, la Conscience
Pure (Brahman ), n'est pas transformée en un univers ni affectée
par la dualité et par l'impureté de ce monde. Elle est la Réalité
suprême de tous les êtres vivants et du monde sensible. Elle est
immuable (Kutastha Caitanya).
A propos du Pramana
L'analyse du Pramana nous permet de reconnaître, dans leur totalité,
les réalités principelles constituant un être vivant (Jiva).
Avant une expérience vécue, les connaissances acquises par les
Écritures restent vagues, mais la perception sensorielle est concrète.
Quel que soit le moyen de connaissance, celle-ci est réalisée
grâce à la totalité des réalités principielles,
y compris la Conscience Pure. C'est en analysant un processus de connaissance
que nous pouvons appréhender la trace de la Conscience Pure.
C'est la raison pour laquelle la rubrique Pramana occupe une place très
importante dans toutes les écoles de métaphysique, y compris
dans celles des matérialistes qui cherchent à nier l'existence
de la Conscience dans un être vivant.
Une connaissance est réalisée par la transformation de certains
éléments de l'individu, en particulier par des fluctuations
mentales. Lorsqu'un individu perçoit une cruche, par exemple, la vue
subit une transformation en recevant l'impression de la cruche. Ce nouvel
état de la vue envoie un message au mental qui reconnaît l'objet,
par ses fluctuations, en tant que cruche, soit "ceci est une cruche ".
Le mental transmet le message à son tour à la notion de 'Je'
qui annonce "Je vois une cruche ".
La notion de 'Je', prise pour la vraie Conscience par les gens non avisés, est aussi une entité matérielle à cause de sa transformation. Tout ce qui est transformable et perceptible représente une entité matérielle. La perception d'une cruche est un changement de la notion de 'Je' par rapport à son état précédent, lorsqu'elle ne percevait pas cette dernière. Une entité matérielle ne peut affirmer sa propre existence. C'est la raison pour laquelle la notion de 'Je' a aussi besoin d'un révélateur qui affirme l'existence de la notion de 'Je' avec son aspect spécifique: " Je vois une cruche ". Etre le révélateur signifie être le substratum de la chose à révéler.
Cet ultime révélateur ne peut être une entité matérielle, car il y aurait une régression à l'infini. Cet ultime révélateur est la Conscience Pure qui confirme l'existence de la notion de 'Je', la pseudo conscience, avec tous ses aspects. Il n'existe aucune entité matérielle qui ne soit pas associée à son révélateur, son substratum, la Conscience Pure. C'est la Conscience Pure qui dit: " Je sais que je vois la cruche ", mais elle le fait en utilisant la parole de la notion de 'Je'.
[Nota bene : la lecture du résumé ci-dessus ne permet pas d'assimiler l'enseignement du Vedanta de manière précise, approfondie et complète. En complément, voir aussi le texte d'introduction aux Brahma sutra]. Pour ceux qui veulent sincèrement approfondir et expérimenter cet enseignement, la participation orale et directe à un enseignement authentique est vivement conseillée.]