Introduction au Vedanta



Montagne arunachala


Amis lecteurs,

La présentation abrégée d'un enseignement très riche et très subtil détermine inévitablement la convergence et la synthèse des énonciations ainsi que la répétition, sous diverses formes, de notions prédominantes. Par conséquent, votre attention soutenue, votre ouverture d’esprit et votre bienveillance vont être pleinement sollicitées.

Vous ne trouverez ici rien de personnel sauf, bien entendu, le mode d’expression indissociable de mes aptitudes rédactrices et la subtilité et l'éclat de la révélation inséparable de la maturité et de la plénitude de ma propre vie spirituelle.

Un enseignement aussi universel que celui du Vedanta ne peut être attribué en particulier à aucune personne, à aucun Maître, à aucun Sage. La révélation de cet enseignement m’a été transmise de plusieurs manières, directement et indirectement, oralement et par écrits.

Je remercie avec gratitude mes Instructeurs et plus particulièrement celui qui m’a transmis oralement l’enseignement des principaux ‘darsanas’ (points de vue vedantiques) au cours d’une vingtaine d’années : un hindou affilié à la lignée advaïtiste de Sankaracarya, le Swami Shraddhananda Giri, moine et Pandit (lettré, érudit), maître de sanskrit, spécialiste notamment du Nyaya et du Vedanta.

Précision : quel que soit son enracinement traditionnel et son domaine de manifestation effectif, un enseignement de sagesse accompli se déploie normalement sous forme de trois aspects principaux : connaissance (jnana), amour (bakti), action (karma). L’introduction au Vedanta que je vais vous présenter est axée plus particulièrement sur la connaissance ‘spirituelle’ (science de la conscience). Bien entendu, aucun de ces trois aspects ne doit être sous-estimé.

Porte de lumière


Le sujet principal du Vedanta est Brahman ou Atman (la Conscience pure, l’Etre réel, le Soi réel de l'individu). Pourquoi ce sujet doit-il être étudié en priorité ? Parce que l’individu (ego) et toutes les perceptions, connaissances et expériences - sensorielles, mentales, spirituelles - sont inséparables de leur Principe essentiel, le Soi, la Conscience. [Note 1]

Le Vedanta précise ce qu'est le Soi (la Conscience). Il explique aussi comment découvrir sa vraie ‘nature’.

Dans le Vedanta, la connaissance de soi n’épouse ni les caractéristiques de la connaissance empirique ni celles de la connaissance scientifique. En effet, ces connaissances-là sont dualistes ; elles font intervenir deux aspects spécifiques différents, le percevant et l’objet perceptible. Or, dans le cas de la connaissance authentique de Soi, la dualité est impossible : le Soi, la Conscience, ou, pour mieux dire, ‘Soi-Conscience’, ne peut être à la fois connaisseur et objet de connaissance. Du point de vue universel, 'Soi-Conscience' n’est pas un objet de connaissance, il y a identité absolue entre Conscience, Connaissance, Connaisseur et Connaissable. Connaître veut dire Etre et inversement. Pas de différence, pas de séparation, entre Etre et Conscience, entre Conscience et Soi.

Le Soi réel, (Atman, identique à Brahman – l’illimité), n'est pas complètement ignoré par les êtres humains car chacun a connaissance de soi, même si cette connaissance reste dans bien des cas limitée et plus ou moins confuse.

En réalité, nous pensons et agissons, tous, conformément à la Conscience ‘auto-révélatrice’ grâce à laquelle nous avons conscience de celui qui perçoit (l’ego, le percevant individuel) et des divers phénomènes grossiers ou subtils que cet ego perçoit.

La Conscience révélatrice est supra-universelle. Elle est réellement pure, claire, ‘immaculée’, non polluée, non voilée, non fragmentée. Elle se prodigue naturellement en l’ego sous forme de clarté d’esprit et de joie de vivre. Mais ce n'est pas le cas si son centre de réverbération en l’être humain, la ‘buddhi’ (faculté subtile de conscience, de discernement, de certification, de sagesse, d’amour…) est voilée par des connaissances confuses ou erronées, parasitée par des fluctuations émotionnelles et mentales génératrices de désirs, de croyances et d'expériences qui font obstacle à la plénitude du Soi à laquelle tous les êtres aspirent essentiellement.


ô sank

L’enseignement du Vedanta est axé principalement sur une révélation essentielle: l’unité, la non dualité, la clarté immaculée, l’amour pur, la plénitude, l’illimitation absolue de la Conscience. Mais il nous renseigne aussi sur l’indétermination et la relativité de l'Ignorance et des illusions qui en découlent. Il nous donne par exemple des indications subtiles sur la ‘nature’ paradoxale de l’Ignorance. En effet, selon la sagesse vedantique, l’Ignorance ne peut pas être identifiée à un manque absolu de conscience ou de connaissance. L’inconscience n’existe pas vraiment. La signification authentique de ce que le Vedanta nomme ‘Ignorance’ (Avidya ou Ajnana) ne doit pas être confondue avec celle des concepts contemporains d’inconscience, d’inconnaissance ou de nescience.

[Je dois avertir les lecteurs que le Vedanta ne peut être correctement compris sans de nombreux développements et précisions. Pour bien comprendre, par exemple, la signification métaphysique de l’Ignorance, il est sage de recevoir des explications spécfiques sur la signification d’une autre potentialité métaphysique concomitante que la Tradition du Vedanta nomme ‘Maya’ (principe d’apparitions limitatives, trompeuses) - Maya-Shakti (puissance d’occultation et de projection). Ces deux potentialités, Avidya et Maya, ont un statut analogue dans le Vedanta : elles sont considérées comme des potentialités ‘substantielles’, - elles ne peuvent être déterminées ni comme étant existantes ni comme étant inexistantes, elles sont donc réellement indéterminables (‘sat-asad-anurvacaniya’)].

Plusieurs autres sujets doivent être développés et précisés parallèlement :

[Nota bene : Si les traductions au pied de la lettre ou approximatives de certains mots clés, comme celle de Nescience par exemple, pour l’Ignorance, ou celle d’Illusion, pour la Maya, et autres, sont porteuses de confusions, ce n’est pas seulement en raison du choix des mots, c’est surtout par manque d’élucidation et d’explicitation de la signification subtile de ces mots. Cela résulte très probablement du fait que leurs auteurs n’ont pas écouté directement cet enseignement auprès d’un Instructeur sérieux, digne de confiance et authentiquement enraciné dans la Tradition vedantique, ou bien parce qu’ils n’ont pas suffisamment approfondi et assimilé cet enseignement, ou, plus intimement, parce que cet enseignement éclairé, révélateur et libérateur, n’est pas devenu le moteur essentiel de leur vie. Un enseignement spirituel non vécu, ou mal vécu, peut être voilé et déformé s'il reste sous influence de conceptions ou croyances trop limitatives ou aveuglantes.]

Je viens de faire remarquer que l’inconscience n’existe pas vraiment. La conscience peut sembler voilée en apparence mais elle est toujours présente sous les voiles de la conscience limitée, de la fausse conscience, de l'ignorance. L’absence de conscience est absolument impossible. En effet, dans tout acte de conscience quel qu'il soit la présence de la conscience est absolument nécessaire. Je précise en outre que pour constater la présence ou l’absence de quelque chose, il faut nécessairement que ce quelque chose ne soit pas inexistant. Mais il faut surtout, principalement et impérativement, que la conscience révélatrice soit présente. J'indique, par exemple, que si nous ne percevons pas notre stylo parce qu'il n'est plus sur le bureau, il serait insensé d'affirmer que nous percevons son inexistence alors que nous constatons seulement son absence en l'endroit où nous le cherchons. Nous sommes conscients de son absence mais non de son inexistence.

Si la conscience n'était pas illimitativement présente, il 'n'existerait' aucun principe, aucune base, aucune possibilité de révélation de ce que nous appelons 'le vide', 'le rien', 'le néant' ou 'l'inconscience' ? En réalité, ces expressions symboliques ne servent pas à désigner une négation absolue (ce qui nous ferait sombrer dans le nihilisme aberrant). D'un point de vue non-extrémiste, comme celui du Vedanta, elles n'ont pas vocation à signifier l'absence de conscience; elles sont utilisées à juste titre pour indiquer l'absence de pensées, de phénomènes ou d'événements à tel ou tel moment, en tel ou tel lieu. Du point de vue de l'expérience spirituelle libératrice, elles indiquent d'abord et avant tout l'absence de fluctuations dans le 'milieu' mental.

Toute constatation, toute révélation, quelle qu’elle soit, exige nécessairement la présence de la Conscience révélatrice.

Le Vedanta nous fait justement remarquer que l’Ignorance ne peut exister sans la présence préalable de son ‘substratum’, la Conscience pure, illimitée. Essentiellement, la Conscience pure est le substratum illimité (absolument indépendant, absolument libre) sans lequel aucune révélation ne serait possible, sans lequel par conséquent l'entité causale nommée Ignorance ne pourrait être révélée, sans lequel nous n'aurions aucune conscience de nous-mêmes en tant qu'ego percevant.

En effet, du point de vue universel qui est celui du Veda, la conscience individuelle (conscience de 'moi', ego) est envisagée comme un ‘reflet’ (abhasa) de la Conscience universelle ; reflet manifesté sous forme relative par la potentialité 'réflectrice' de l’Ignorance causale ; ‘reflet’ limité et éphémère certes, mais absolument non séparé et absolument inséparable du Soi universel.

La Conscience (substratum illimité) est directement et absolument révélatrice.

L’Ignorance (potentialité substantielle) est indirectement et relativement révélatrice.

L’Ignorance fonctionne pour ainsi dire comme une sorte de miroir d’apparition et de disparition des percevants relatifs et des divers et multiples phénomènes qu’ils perçoivent.

Inconditionnée, indépendante, sans limites : la Conscience est absolument Réelle. Ce n’est pas le cas de l'Ignorance qui n’est ni absolument réelle, ni absolument irréelle.

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