Cette expérience du Soi - qui paraît irréaliste aux sceptiques, aux personnes très attachées aux aspects relatifs du corps, des sens, du mental et de l'ego -, peut être vécue réellement par tout chercheur sincère.
L'être humain avisé sait qu'il n'est pas son corps, ni ses sens, ni ses fluctuations mentales. Un matérialiste réfléchi peut écarter ces trois notions et comprendre qu'elles sont distinctes du sujet percevant. Cette pseudo-conscience, ce "moi" si utile dans la vie, est le révélateur et l'expérimentateur du corps, des émotions, des sentiments, des pensées... Un matérialiste parviendra jusqu'à cette conclusion et s'en tiendra là. Il prendra conscience des aspects positifs ou négatifs que peut revêtir cet ego, mais il ne saura pas que l'ego se superpose au vrai Soi, à Brahman, à la Conscience pure.
Aucun être n'est totalement ignorant de son existence en tant que "soi-même", mais si ce soi n'est pas révélé dans sa pureté inhérente, l'ego prend sa place s'identifiant illusoirement aux manifestations successives et impermanentes de l'existence. Pour se libérer de cette identification illusoire et insatisfaisante, la condition à remplir est l'expérience réelle de la plénitude de soi. Or, tant que l'ego nous apparaîtra comme la réalité de soi-même, les limitations ne pourront disparaître, la plénitude du Soi ne pourra se révéler, l'incertitude, l'insatisfaction, l'angoisse et les souffrances subsisteront. [Note 3]
Il est vrai que, parallèlement au soi réel, l'ego superficiel semble exister de manière prédominante dans la vie empirique. Il exerce généralement une attirance très puissante. Bien que son attraction soit parfois despotique, le matérialiste se demande pourquoi il faudrait éliminer l'attachement à cet ego, comme le prétendent les Sages, puisqu'il le considère comme la vérité ultime de soi-même. [Note 4]
Pour le matérialiste, l'ego existe tel qu'il le perçoit ordinairement. Il ne cherche pas à remettre en cause cette perception, à vérifier son authenticité. La perception qu'il a de sa propre conscience est considérée d'emblée comme véridique et cette perception non approfondie, prise illusoirement pour une réalité absolue, l'empêche de douter positivement et de se mettre en quête d'un éclaircissement sérieux.
Le Vedanta souligne cette illusion. Cet ego n'est pas la vérité de soi-même car, comme nous l'avons déjà indiqué, il résulte d'un mélange de réalité absolue et de réalité relative. Dans le Vedanta on emploie les mots satya et mithya. Satya, c'est la vérité absolue. C'est ce qui ne sera jamais annulé : qui existe hors du temps. Mithya fait référence à une existence conditionnelle, non absolue.
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